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L'Essentiel de la Science : Une Critique Éclairée d'Yves Gingras

8 mars 2026Rédaction
L'Essentiel de la Science : Une Critique Éclairée d'Yves Gingras

La Science au Coeur de la Réflexion

« Vive la science ! » clame Yves Gingras, tout en insistant sur l'importance d'une critique éclairée. En toute honnêteté, je dois avouer que mes connaissances sur les sciences naturelles restent limitées. Certes, j'ai réussi mes cours dans ces matières au secondaire, mais à l'exception de la biologie, aucune d'entre elles ne me captivait véritablement. En y réfléchissant, j'en ai conclu que cela était dû à la manière dont elles m'ont été présentées : froidement, sans contexte historique ni social.

Une Approche Historique et Sociale

Mon intérêt pour le sort de l'humanité a souvent été mis de côté au profit d'équations abstraites. Par exemple, lors de mes cours de physique, le Big Bang n'a jamais été évoqué. Ces leçons avaient pour but la sélection scolaire, bien plus que de nous aider à comprendre et à apprécier la réalité. Je préférais les livres, et c'est précisément cette passion pour la lecture, pratiquement absente des cours de sciences au secondaire et même au collégial, qui m'a permis de développer un certain intérêt pour les sciences.

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L'Essentiel de la Science N.65 - Juin-Juillet-Août 2024 » Digital ...

Des Sciences Humaines aux Sciences Naturelles

Les domaines de l'histoire, de la sociologie, de la psychologie, de l'économie et de la philosophie m'ont toujours fasciné. À travers mes lectures en sciences humaines et sociales, j'ai parfois ressenti que mes lacunes en sciences naturelles me privaient d'une compréhension plus complète du monde. Dans La passion du réel (Liber, 1998), Laurent-Michel Vacher soutenait que des connaissances scientifiques de base étaient essentielles pour une pratique sérieuse de la philosophie. Ses mots m'ont convaincu.

Un Parcours de Découverte

J'ai pris plaisir à lire Darwin, Stephen Jay Gould, Alan-F. Chalmers et Hubert Reeves. Les héritiers de Prométhée (PUL, 1998), où l'astrophysicien Jean-René Roy explore « la profonde transformation de la nature et de l'homme qu'a apportée la science », ainsi que ses implications sociales et morales, m'a particulièrement marqué. Et puis j'ai découvert Yves Gingras.

Historien et sociologue des sciences, Gingras, qui a obtenu une maîtrise en physique, est un véritable savant, aussi à l'aise dans les sciences naturelles que dans les sciences humaines. De plus, il possède un talent indéniable pour l'écriture. Il sait communiquer efficacement, que ce soit dans des textes courts ou longs, en ajoutant une touche de polémique qui rend ses écrits captivants. À la sortie de Parlons sciences (Boréal, 2008), un livre d'entretiens avec Yanick Villedieu, je l'avais qualifié de « monsieur Science » du Québec, et ce titre demeure pertinent.

Les Sciences Sous Ma Loupe

Dans Les sciences sous ma loupe (Boréal, 2026, 344 pages), Gingras regroupe 70 chroniques, principalement parues dans la revue Pour la science. Il précise que ces textes ne visent pas à vulgariser la science, mais à la critiquer, à l'instar de la critique littéraire. Ce sont des analyses qui cherchent non seulement à comprendre comment les scientifiques établissent des connaissances robustes, mais aussi à évaluer leurs limites.

La Science et le Scepticisme

Gingras valorise la science tout en plaidant pour un « sain scepticisme » concernant certaines pratiques. Pour lui, la science est « cette activité qui vise à rendre raison des phénomènes par des causes naturelles », et la connaissance qui en découle est une « croyance vraie et justifiée », selon les mots de Platon, validée par des méthodes reconnues, accessibles à tous, sans distinction de sexe ou d'origine ethnique. « Les sciences, souligne Gingras, visent l’universalité. »

Un Appel à la Raison

Par conséquent, parler de science occidentale, autochtone ou décolonisée n'a aucun sens. La science ne peut être que vraie ou fausse, utile ou inutile. Il est impératif de ne pas céder au diktat du « respect des croyances ». Galilée aurait-il dû se taire après avoir démontré que la Terre tourne autour du Soleil ? Faut-il renoncer à enseigner la théorie de l'évolution parce qu'elle « blesse » certains croyants ? Accepter cela équivaudrait à étouffer la science.

Les Enjeux de la Pratique Scientifique

Gingras cite des enquêtes révélant que « plus la croyance et la pratique religieuse s'accroissent, moins la connaissance des faits scientifiques et la confiance envers la science sont élevées ». Il est évident qu'être non religieux ne rend pas scientifique, mais une croyance intense semble constituer un obstacle à cette compréhension.

Une Critique Nécessaire

Cependant, les scientifiques ne sont pas toujours exempts de reproches. Gingras les dénonce lorsqu'ils négligent les données probantes lorsque leurs intérêts sont en jeu. Il met en lumière les angles morts des revues savantes, la course à la publication et aux citations, tout en contestant les classements universitaires douteux.

Conclusion

« Vive la science ! » s'exclame Gingras à chaque page, tout en soulignant que sa critique éclairée est tout aussi nécessaire, car la science demeure une activité profondément humaine. Ce texte fait partie de notre section Opinion, qui favorise une pluralité des voix et des idées. Il s'agit d'une chronique reflétant les valeurs et la position de son auteur, et non nécessairement celles du Devoir.