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One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser la santé globale

6 mars 2026Rédaction
One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser la santé globale

Introduction

La pandémie de Covid-19 a mis en lumière l'urgence de reconsidérer notre approche de la santé. Aujourd'hui, le concept de « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, s'est imposé dans les discussions, mais il est parfois sujet à confusion et à détournements. Bien appliqué, ce concept représente une approche éprouvée pour renforcer la prévention sanitaire à l'échelle mondiale.

Des interconnexions évidentes

Les crises sanitaires, telles que les pandémies, la résistance antimicrobienne, les maladies vectorielles, ainsi que les problèmes environnementaux comme l'effondrement de la biodiversité, la dégradation des sols et les pollutions chimiques, soulignent l'interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale. Face à l'accroissement de ces crises, le concept « One Health » est désormais central pour les analyser et y répondre efficacement.

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Origines et fondements

Les bases actuelles de l'approche « One Health » ont été posées par les principes de Manhattan, formulés en 2004 lors de la conférence « One World, One Health », organisée par la Wildlife Conservation Society. Ces principes reconnaissent l'interconnexion entre la santé humaine, animale et celle des écosystèmes, et plaident pour une approche intégrée afin de prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales.

Une nécessité de prévention

Cette vision dépasse la simple gestion des risques sanitaires : elle appelle à repenser les modes de production, de consommation et de gouvernance pour préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent.

Des initiatives prometteuses

Malgré l'intérêt grandissant pour le concept « One Health », son utilisation en recherche et ses applications demeurent souvent floues et mal comprises. Trop souvent, il est réduit à un slogan politique ou à une gestion biomédicale des zoonoses, sans prendre en compte l'interdépendance des facteurs écologiques, sociaux et économiques. Ces derniers sont pourtant cruciaux pour la santé globale et la dynamique des crises sanitaires.

Depuis plus de vingt ans, diverses initiatives scientifiques ont vu le jour pour mettre en œuvre concrètement l'approche « One Health ». Par exemple, au Cirad, des recherches sur les maladies animales émergentes, les interfaces faune-élevage-humains et les systèmes agricoles tropicaux ont mis en évidence, dès les années 2000, les liens étroits entre santé, biodiversité et gestion des territoires.

Coalition internationale PREZODE

En 2021, une coalition internationale, nommée PREZODE, a été fondée pour mener des opérations de prévention basées sur l'approche « One Health ». Elle opère en Afrique, Asie, Amérique latine et dans les Caraïbes pour comprendre, réduire et détecter précocement les risques sanitaires afin de prévenir les épidémies. En Guinée, les équipes ont observé comment les pratiques agricoles intensives affectant la ressource forestière augmentent les contacts entre humains et faune, favorisant ainsi la transmission de maladies zoonotiques.

Stratégies locales de prévention

Avec les communautés locales, des stratégies de prévention basées sur la gestion des écosystèmes ont été mises en place pour réduire le risque d'émergence de nouvelles épidémies. À Madagascar, des scientifiques du Cirad, en partenariat avec l'ONG Pivot et l'Institut de recherche et de développement (IRD), ont développé une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires, combinant données vétérinaires, humaines et environnementales.

Au Gabon, nous avons établi un système de surveillance communautaire en collaboration avec le Centre interdisciplinaire de recherche médicale de Franceville (CIRMF), afin de détecter rapidement des événements sanitaires suspects. En Asie du Sud-Est, les actions s'inscrivent dans une approche agroécologique visant à accompagner les transitions agricoles et à alléger les pressions sur les écosystèmes.

Défis à surmonter

Malgré ces avancées, de nombreux obstacles demeurent. La fragmentation institutionnelle est l'un des plus grands défis : les secteurs de la santé, de l'agriculture et de l'environnement ne communiquent pas suffisamment, ce qui entrave une gouvernance efficace. De plus, les projets « One Health » sont souvent financés à court terme, limitant leur impact.

Renforcement des capacités et des infrastructures

Les acteurs de terrain soulignent que l'accès en temps utile à des données locales et nationales est fondamental pour renforcer la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques. Pour cela, des infrastructures de données solides et partagées entre les secteurs concernés sont nécessaires pour développer des outils de modélisation prédictive. Une réponse rapide et coordonnée au niveau local peut suffire à prévenir les risques d'émergence.

Vers une vision plus inclusive

Il est crucial d'éviter le « One Health washing », où le terme est utilisé sans mise en œuvre réelle d'actions intégrées. Des projets peuvent contribuer à une vision plus intégrée de la santé, mais il est essentiel que le concept soit appliqué de manière rigoureuse pour maintenir sa portée scientifique et politique.

Conclusion

Clarifier les fondements et les modalités d'application du « One Health » est essentiel. L'Atlas One Health propose une lecture de cette approche articulant santé humaine, animale et des écosystèmes, ainsi que les dynamiques sociales et la gouvernance. L'inclusion des dimensions sociales et de genre est également primordiale pour garantir des solutions efficaces et inclusives.

Le financement de la prévention « One Health » doit être considéré comme un investissement stratégique. Les approches préventives, bien que moins spectaculaires que la gestion des crises sanitaires, sont largement plus rentables et engendrent des co-bénéfices majeurs. Les travaux du Cirad et de la communauté internationale renforcent la santé, les moyens de subsistance et la résilience des territoires.

Anticiper les crises nécessite de repenser nos systèmes de santé. Une approche « One Health » transformante requiert un engagement politique durable, une coopération internationale et une volonté commune d'intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques sanitaires. Ce travail de longue haleine est déjà en marche et sera mis en avant lors du Sommet One Health, prévu à Lyon le 7 avril 2026, sous la présidence française du G7.

Auteurs :

Marisa Peyre, Responsable adjointe de l'unité de recherche ASTRE, épidémiologiste, Cirad
François Roger, Directeur régional Asie du Sud-Est, vétérinaire et épidémiologiste, Cirad

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.