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One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser notre santé

4 mars 2026Rédaction
One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser notre santé

Introduction

La pandémie de Covid-19 a révélé l’urgence de repenser notre approche de la santé. Aujourd’hui, le concept de « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, s’est imposé dans les discours, mais fait parfois l’objet de confusion, voire de détournements. Bien mise en œuvre, cette approche constitue pourtant une méthode éprouvée pour renforcer la prévention sanitaire mondiale.

Les enjeux actuels de la santé

Des crises telles que les pandémies, la résistance antimicrobienne, les maladies vectorielles, l’effondrement de la biodiversité, la dégradation des sols, les pollutions chimiques et les crises alimentaires témoignent de l’interconnexion entre les enjeux de santé humaine, animale et environnementale. Face à la multiplication de ces crises, le concept « One Health » est devenu central pour les analyser et y répondre.

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Origines et principes de « One Health »

Les bases fondatrices du concept de « One Health » ont été posées par les principes de Manhattan, formulés en 2004 lors de la conférence « One World, One Health » organisée par la Wildlife Conservation Society. Ces principes reconnaissent l’interdépendance étroite entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, et appellent à une approche intégrée pour prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales.

Une approche intégrée pour la prévention

Cette vision dépasse la simple gestion des risques sanitaires et invite à repenser les modes de production, de consommation et de gouvernance. L’enjeu est de préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent.

Les initiatives scientifiques

Depuis plus de vingt ans, des initiatives scientifiques émergent pour appliquer concrètement l’approche « One Health ». Au Cirad, des recherches sur les maladies animales émergentes, les interfaces faune-élevage-humains et les systèmes agricoles tropicaux ont démontré, dès les années 2000, les liens étroits entre la santé, la biodiversité et les usages des territoires. Ces recherches ont progressivement intégré les dimensions environnementales, sociales et alimentaires.

Coalition internationale PREZODE

En 2021, une coalition internationale nommée PREZODE a été créée pour mener des opérations de prévention basées sur l’approche One Health. Elle intervient en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes pour comprendre, réduire et détecter précocement les risques en santé afin d’éviter les épidémies.

Exemples de mise en œuvre

  • En Guinée : Les équipes de PREZODE ont observé comment les pratiques agricoles intensives affectant les ressources forestières favorisent l’intensification des contacts humains-faune, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies zoonotiques.
  • À Madagascar : Des scientifiques du Cirad, en partenariat avec l’ONG Pivot et l’Institut de recherche et de développement (IRD), ont développé une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires combinant les données vétérinaires, humaines et environnementales.
  • Au Gabon : Un projet soutenant les associations de chasseurs dans la gestion des ressources forestières a mis en place un système de surveillance communautaire pour détecter rapidement les événements sanitaires suspects.
  • En Asie du Sud-Est : Des actions agroécologiques visent à accompagner des transitions agricoles et à réduire les pressions sur les écosystèmes, tout en améliorant la résilience des systèmes alimentaires locaux.

Défis et obstacles à surmonter

Malgré l’intérêt croissant pour le concept de One Health, son utilisation en recherche et ses applications restent souvent floues et mal comprises. La fragmentation institutionnelle est l’un des plus grands défis, car les secteurs de la santé, de l’agriculture et de l’environnement ne communiquent pas suffisamment, ce qui freine la mise en œuvre d’une gouvernance efficace.

De plus, les projets One Health sont souvent financés à court terme et se concentrent uniquement sur les zoonoses, ce qui accentue la confusion autour du concept. Il est crucial d’accéder à des données locales et nationales en temps utile pour renforcer la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques.

Vers une approche plus intégrée

Les projets revendiquant le concept de One Health peuvent renforcer les approches plus intégrées de la santé, mais il est essentiel d’éviter un usage extensif et peu exigeant du terme, qui pourrait en affaiblir la portée scientifique et politique.

L’Atlas One Health : un cadre d’action collective

Pour clarifier les fondements et les modalités d’application de One Health, l’Atlas One Health propose une lecture articulant la santé humaine, animale, des écosystèmes, ainsi que les dynamiques sociales et territoriales. Cet ouvrage vise à faire de One Health un véritable cadre d’action collective et de prévention.

Conclusion

Pour garantir des solutions inclusives et efficaces, il est essentiel d’intégrer la dimension sociale et de genre dans l’approche One Health. Le financement de la prévention doit être considéré comme un investissement stratégique, générant des co-bénéfices majeurs tels que l’adaptation au changement climatique et la protection de la biodiversité.

En somme, anticiper les crises nécessite une transformation fondamentale de nos systèmes de santé, avec un engagement politique durable et une volonté commune d'intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques. Un travail de longue haleine est déjà en cours, et ces messages seront portés lors du Sommet One Health, prévu à Lyon le 7 avril 2026.

Marisa Peyre, Cheffe adjointe de l'unité de recherche ASTRE, épidémiologiste, Cirad et François Roger, Directeur régional Asie du Sud-Est, vétérinaire et épidémiologiste, Cirad.

Article republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.